Sulaiman Al-Shaqsi

avril 10, 2010

Un mur d’acier entre l’Égypte et la bande de Gaza: le mur de la honte

Filed under: Uncategorized — alshaqsi @ 3:06  

Cet article a été publié dans le journal Regard Critique.

Le 9 décembre dernier, l’autorité égyptienne autorisait, après un agrément religieux de la part de l’al-Azhar, des travaux de construction d’un mur d’acier souterrain le long de sa frontière avec la bande de Gaza. Ce mur, plus dur que la Ligne Bar-Lev, devrait avoir une longueur de 9 à 10 kilomètres et être enfoncé de 20 à 30 mètres dans le sol. Cela constitue une tentative de la part de l’Égypte d’obstruer les tunnels de l’économie souterraine qui relient sa frontière avec la bande de Gaza. De surcroît, selon Aljazeera, ce mur sera alimenté par un immense pipeline, s’étendant sur une distance de 10 kilomètres, qui pompera l’eau de la Méditerranée. Cette opération vise à rendre le sol instable afin d’éliminer toute possibilité de création de tunnels dans la région. Ce mur aurait sans doute pour effet de menacer la santé et la qualité de vie de la population de Gaza. La construction de ce mur, d’une épaisseur de 50 centimètres, est vue, par le gouvernement égyptien, comme un acte lui permettant d’assurer sa sécurité nationale. Cependant, l’opinion publique arabe voit cela autrement. On se demande où se trouve la notion du panarabisme, voire du nationalisme arabe.

Le gouvernement égyptien ne s’est prononcé publiquement sur la construction de ce mur que le 23 décembre dernier, c’est-à-dire 14 jours après le commencement des travaux. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, souligne que la construction est une procédure pour garantir la sécurité nationale de l’État égyptien. Cela montre, en quelque sorte, que cette décision est purement égyptienne. Cependant, Abdullah Al Ashaal, ancien assistant du ministre des Affaires étrangères égyptien, dévoile une vérité choquante selon certains politologues : « Le mur d’acier, en cours de construction par l’Égypte le long de sa frontière avec la bande de Gaza, est la mise en œuvre de la Convention conclue par l’ancienne ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, et son homologue américaine, Condoleezza Rice, à la fin du mandat de Bush. » Or, Jeffrey Feltman, sous-secrétaire d’État américain pour les Affaires du Proche-Orient, nie cette assertion. Mais, Karen AbuZayd, Commissaire générale de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), affirme, avec certitude, que les frais de construction sont assumés en totalité par Washington. Selon Al Ashaal, l’Égypte n’a aucun avis dans la construction du mur et est, en quelque sorte, obligée de le faire. Ainsi, ce politologue-juriste égyptien qualifie l’excuse de la sécurité nationale, pour justifier la construction du mur, comme un « terrorisme intellectuel ». Enfin, les journaux israéliens voient la situation comme une punition de la part de l’Égypte envers le Hamas de ne pas avoir signé la réconciliation palestinienne. Peu importe les raisons de la construction et l’origine des subventions, la réalité demeure qu’un mur d’acier se construit entre deux entités politiques arabes.

L’opinion publique dans le monde arabe et ailleurs est nettement contre la construction de ce mur. La population de Gaza, dont 80 % vit sous le seuil de pauvreté, voit ce dernier comme une peine de mort, d’autant plus que cette population survit, depuis le bouclage entamé il y a 4 ans, grâce à l’économie souterraine. Dans le monde arabe, des manifestations contre la construction de ce mur ont eu lieu devant les ambassades égyptiennes à Damas et à Nouakchott, entre autres. En général, la construction du mur a soulevé les passions dans le monde arabe. De plus, hors des frontières arabes, plusieurs parlementaires et activistes anglais se sont dirigés, le 29 décembre, vers l’ambassade égyptienne à Londres afin de délivrer un message de protestation contre la construction du mur, mais ces manifestants se sont fait claquer la porte au nez par cette ambassade. Aussi, plus de vingt organisations suisses ont manifesté, le 30 décembre, devant l’ambassade égyptienne à Berne contre la construction du mur d’acier.

Au plan religieux, Youssef Al-Qaradaoui, président de l’Union Internationale des Savants Musulmans, déclare que la construction du mur est illicite religieusement parlant. Selon lui, l’Égypte n’a pas le droit d’établir ce mur pour trois raisons : l’arabité de ce pays, son islamité et pour des raisons humanitaires. Enfin, il se demande comment la population de Gaza, pauvre, affamée et opprimée, pourrait menacer la sécurité nationale égyptienne. En outre, certains analystes prétendent que la fatwa d’al-Azhar, autorisant religieusement la construction du mur, est invalide, car selon l’article 22 de la charte de cette institution religieuse, pour que les fatwas soient acceptées, il faut avoir au moins quatre savants religieux non égyptiens présents lors de la discussion. Or, les membres savants non égyptiens étaient absents pendant la réunion où la fatwa en question fut émise.

En ce qui concerne le droit international, la Convention de Genève relative à la protection des populations civiles en temps de guerre, Convention IV du 12 août 1949, explique l’illégalité de la construction de ce mur. Malheureusement, beaucoup d’auteurs ont souligné que le mur d’acier entre l’Égypte et la bande de Gaza est comparable au mur d’Israël, dont la Cour de Justice Internationale a affirmé, en juillet 2004, l’illicéité au regard du droit international. Cependant, il n’y a pas de liens entre ces deux murs, car la décision de la Cour est basée sur la construction d’un mur par l’occupant dans un territoire occupé, ce qui n’est pas le cas du mur d’acier. L’Égypte a construit ce dernier dans son territoire, sous sa souveraineté nationale. Enfin, on comprend bien que l’Égypte, en construisant ce mur, fait fi du droit international humanitaire.

D’ailleurs, ce mur d’acier, dont 5,6 kilomètres ont déjà été plantés, n’est pas que la concrétisation d’un blocus, mais bien une paroi psychologique très profonde et horrifique pour la population de Gaza en particulier et pour la population arabe en général. Dans la même lignée, certains politologues voient la construction de ce mur comme étant la suite de ce qu’Israël n’a pas pu réaliser pendant son offensive illégale contre la bande de Gaza l’an dernier. En d’autres termes, c’est au tour d’un gouvernement arabe de jouer contre la population de Gaza.

L’excuse de « la sécurité nationale » est difficilement crédible. Au contraire, voir Gaza comme un danger pouvant affecter la sécurité nationale égyptienne est une faute embarrassante pour l’autorité égyptienne. De plus, la construction de ce mur pourrait éventuellement aider, à moyen et à long terme, à créer un environnement touchant dangereusement la sécurité nationale de l’Égypte. Parce que le mur fait actuellement face à de vives oppositions populaires régionales et internationales qui amoindrissent le rôle régional de l’Égypte, créant ainsi un vide de leadership dans la région qui pourrait être comblé par l’Iran ou la Turquie en particulier. Cela permettrait la création d’une forte opposition interne exigeant, par tous les moyens possibles, notamment la terreur, le retour du leadership et de l’équilibre régional. Opposition qui refuserait également d’entacher encore plus le rôle et la réputation de l’Égypte sur la scène internationale (Hroub, 2010).

La souveraineté est celle du peuple et non pas celle du régime. On peut présumer que si le peuple égyptien avait eu un référendum afin de se prononcer sur la construction du mur, sa réponse aurait été clairement contre. En effet, certains Égyptiens nomment ce mur « le mur de la honte » afin de signaler leur colère contre la décision de leurs dirigeants. On peut constater que le président Moubarak accepte de clore ses décennies de présidence avec une décision qui blesse le nationalisme arabe, décision considérée comme une sorte de trahison au panarabisme de Nasser. On ne sait jamais, ce mur pourrait un jour être appelé le mur de Moubarak comme la Ligne Bar-Lev, baptisée ainsi à cause de son bâtisseur.

La Chine et le Pakistan menacent la sécurité nationale de l’Inde, mais on a jamais entendu parler de la construction d’un mur par cette dernière pour garantir sa sécurité nationale. La même histoire s’applique entre la Russie et l’Ukraine. Or, les tunnels de Gaza n’augmentent pas à un degré menaçant la sécurité nationale de l’Égypte. Si cet État veut détruire les tunnels, il devra ouvrir le passage de Rafah. Il aurait été préférable que le gouvernement égyptien accueille 2010 en levant le blocus de Gaza plutôt que de le renforcer en construisant un mur d’acier. Ce dernier aura probablement pour effet de menacer la sécurité territoriale de la bande de Gaza. Depuis quand l’insécurité d’une population garantit la sécurité d’une autre? Si c’était le cas, « l’Éthiopie pourrait bloquer, sous prétexte de souveraineté territoriale, le Nil. On serait curieux de savoir la réaction de l’Égypte » (al-Qassem, 2010). Pour conclure, tous les Arabes, avec l’esprit du nationalisme arabe de l’océan Atlantique au Golfe, ont à cœur la sécurité, la stabilité et l’intégrité territoriale de leurs voisins en général. Il doit y avoir des exceptions à cela, mais je ne pense pas que la bande de Gaza assiégée en soit une.

Le rapport Goldstone: La face cachée de l’Autorité palestinienne!

Filed under: Uncategorized — alshaqsi @ 3:00  

Cet article a été publié dans le journal Regard Critique des Hautes études internationales

Le 2 octobre dernier, le Conseil des droits de l’homme était censé voter le rapport Goldstone concernant la guerre de Gaza, entamée par le gouvernement israélien. On était à quelques pas d’un événement international majeur; la sanction de la communauté internationale contre l’État d’Israël. Étonnamment, c’est l’Autorité palestinienne qui a sauvé son vieil ennemi; deux États qui n’ont pas réussi à vivre ensemble correctement s’entraidaient! L’un commet l’erreur et l’autre devient son complice. « La bonne nouvelle, il y a une commission internationale qui a attesté qu’Israël a commis des crimes de guerre. La mauvaise nouvelle, c’est l’Autorité palestinienne qui le sauve de ce scandale! » Alors où se trouve la justice internationale?

On a tous au moins entendu parler de la « guerre » de Gaza l’hiver dernier. Ce sont des épisodes toujours frais dans nos mémoires. La communauté internationale n’a absolument rien fait jusqu’à ce qu’Israël eût pu massacrer la population palestinienne qui occupe la bande de Gaza. Les principes fondamentaux de la paix internationale n’ont pas pu être respectés devant les désirs du gouvernement israélien et de l’Autorité palestinienne en quelque sorte.

Le rapport Goldstone

Richard Goldstone est un juge sud-africain d’origine juive. En avril 2009, il a été nommé à la tête d’une enquête indépendante, créée par la mission des droits de l’homme des Nations Unies. Le but de cette commission était d’enquêter sur les droits humains et les violations du droit humanitaire liées à l’offensive israélienne contre la bande de Gaza. Le refus de coopération d’Israël l’a obligé à entrer à Gaza par l’Égypte. De plus, il souligne que le Hamas l’a aidé à mener son enquête.

Son rapport de 574 pages détaillé montre comment les opérations israéliennes, visant la population de Gaza sans discrimination, et la continuité du blocus sont des crimes contre l’humanité. Il démontre cas par cas comment le gouvernement israélien a violé le droit international pour arriver à ses objectifs. Enfin, il a recommandé au Conseil de sécurité d’exiger que l’État d’Israël mène des enquêtes contre ses militaires qui ont violé le droit international. Dans le cas où cet État refuse de coopérer, le rapport recommande que le Conseil de Sécurité dépose le dossier au procureur de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye.

Israël dans le rapport :

Ce rapport affirme qu’Israël est entièrement responsable de la situation humanitaire actuelle à Gaza. Le secteur économique, celui de la santé, de l’éducation et d’autres services de nécessité, dont les camps des réfugiés, ont été complètement détruits par les attaques asymétriques des flottes aériennes israéliennes. En outre, le rapport a pu confirmer quatre fois l’usage, par l’armée israélienne, des civils palestiniens comme boucliers humains. C’est une démonstration claire que cette offensive n’a pas été menée contre le Hamas, comme l’agresseur l’a déclaré, mais bien contre les habitants de Gaza en général. Enfin, selon Goldstone, ces opérations vont à l’encontre du droit international coutumier et peuvent constituer des crimes de guerre.

Les groupes palestiniens dans le rapport :

Les lancements des roquettes par des groupes palestiniens ont, eux aussi, été condamnés par ce rapport. Ces groupes peuvent être accusés de crimes de guerre. Par contre, le rapport met en doute le fait que ces lancements visaient des civils. En outre, il affirme que la commission n’a trouvé aucun indice prouvant que le Hamas ait attaqué des hôpitaux ou qu’il ait utilisé des ambulances comme moyen de transport pour ses militants, le contraire de ce qu’Israël prétendait. Cependant, le rapport atteste que ce groupe palestinien a mené des opérations aux alentours d’hôpitaux.

En peu de mots, le rapport Goldstone accuse Israël et les groupes armés palestiniens, qui ont tué environ 1400 Palestiniens et 13 Israéliens respectivement, de crimes de guerre durant cette offensive extra-légale. La situation lors de l’étude du rapport quant à la possibilité de sanctionner Israël se résumait à maintenant ou jamais! Est-ce que la communauté internationale essayera d’amener une solution définitive à ce puzzle pour mener la justice absente au Moyen-Orient ou bien elle sera une deuxième complice pour cette offensive?

Analyse des faits

Lors du vote, le moment du changement radical dans l’histoire, l’Autorité palestinienne a renoncé au soutien de ce projet de résolution. Elle a demandé à la communauté internationale de reporter le vote à la prochaine Assemblée générale qui aura lieu à New York en mars prochain. Rappelons que 33 des 47 membres du Conseil des droits de l’homme voulaient soutenir le rapport. Le président de cette autorité, Mahmoud Abbas, a nié publiquement ce fait. Il a souligné que l’ajournement du vote n’a pas été proposé par son représentant, mais qu’il découlait bien du consentement des pays arabes. Cependant, le secrétaire général de la ligue arabe, Amr Moussa, rejette la déclaration apportée par l’Autorité palestinienne « le report du vote est très grave et est une preuve de négligence sans précédent. » Dans la même perspective, le représentant du Qatar au Conseil des droits de l’homme décrit explicitement la situation : « le désir de reporter le vote était purement palestinien et le représentant palestinien à Genève a reçu des instructions directes du président Mahmoud Abbas. »

Alors, l’on est face à une situation qui ne peut avoir que deux interprétations; la première étant que l’Autorité palestinienne néglige les conditions post-guerre de Gaza, ce qui est improbable. La deuxième est la présence des intérêts propres à cette autorité quant au report du vote, hypothèse fort probable. Il est pertinent d’inclure, dans ce deuxième volet, le rapport de puissance de l’État israélien et son pouvoir de négliger toute résolution de la communauté internationale. Alors quelles sont les raisons qui peuvent être valides aux yeux de l’Autorité palestinienne pour bloquer une telle résolution, qui aurait été normalement en sa faveur?

Pour comprendre les raisons, il faut prendre en considération le rapport de la puissance israélienne face à tout rapport et résolution de la communauté internationale. La fameuse résolution 242, ayant trait au retour aux frontières de 1967, n’a toujours pas été respectée par le gouvernement israélien. Lors du rapport de l’archevêque sud-africain Desmond Tutu en 2008, qui a dirigé une mission d’établissement des faits qui se sont produits à Beit Hanoun le 8 novembre 2006, où 18 personnes ont été tuées, le délégué israélien au Conseil des droits de l’homme a prononcé une phrase choquante « [C]e rapport qui a été présenté aujourd’hui aura sa place dans la vaste bibliothèque des rapports des Nations Unies sur le conflit israélo-palestinien et la résolution, qui en résulte, rejoindra la liste des décisions unilatérales prises par le Conseil des droits de l’homme. » Cette citation permet d’expliquer la vision du gouvernement israélien et sa position à l’égard des résolutions des organisations internationales. Enfin, selon ce gouvernement, le rapport Goldstone peut faire beaucoup de bruits, sans toutefois apporter formellement des effets concrets sur leur État.

Selon certaines lectures de la situation, le dirigeant palestinien a bloqué le vote pour que le gouvernement israélien ne bloque pas, à son tour, le projet de son fils quant à l’établissement d’une compagnie de téléphonie mobile Wataniya en Cisjordanie. « Wataniya s’est engagé à investir quelque 650 millions de dollars dans l’économie palestinienne et à embaucher 2500 personnes. C’est donc un important projet pour contribuer au développement de l’infrastructure civile de la Cisjordanie, c’est-à-dire construire peu à peu les fondations d’un État palestinien. » Début novembre 2009, Wataniya a vu le jour. Selon lemonde.fr, si ce projet n’avait pas eu l’autorisation avant le 15 octobre 2009, l’Autorité palestinienne aurait été dans l’obligation d’acquitter 300 millions $ à Wataniya. Enfin, le gouvernement israélien a assuré à l’Autorité palestinienne qu’elle n’aurait jamais obtenu cette approbation si le vote lié au rapport Goldstone n’avait pas été ajourné.

Selon Aljazeera.net et Jerusalem Post, lors d’une rencontre à Washington, les représentants israéliens ont menacé leurs homologues palestiniens. Cette menace se présente sous une forme de diffusion d’une vidéo que les Israéliens prétendent avoir. Cette vidéo montre le président palestinien essayant de convaincre le ministre israélien de la défense de la nécessité de poursuivre l’offensive contre Gaza. De plus, une conversation téléphonique enregistrée, entre le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne, démontre la complicité de cette dernière dans cette guerre. Dans cette conversation, l’Autorité palestinienne fournit des informations au gouvernement israélien confirmant que les conditions pour attaquer les camps des réfugiés sont bonnes. Par conséquent, si ces allégations s’avèrent, ce sont des raisons impérieuses justifiant le report du vote.

D’ailleurs, New York Times et le journal israélien Haaretz soulignent que Mahmoud Abbas a reçu des pressions américaines l’incitant à refuser le rapport, car ce dernier va élargir les différends avec Israël. Les États-Unis prétendent que la voie diplomatique a un meilleur impact sur l’établissement de la paix dans la région, et la soutenance du rapport peut paralyser les processus de paix, dont nous connaissons tous déjà les résultats.

Une des raisons du report du vote, selon Fatah, est la peur d’un veto américain, ce qui, une fois le dossier présenté au Conseil de sécurité, aurait pour effet que le rapport ne serait pas traité à la CPI. À vrai dire, le rapport peut être présenté à cet organe judiciaire international par trois voies, dont le Conseil de sécurité, les deux étant le procureur de la CPI et la voie directe, car la CPI est indépendante de l’ONU, sous certaines conditions.

Somme toute, ces différentes raisons ont pu suffire à l’Autorité palestinienne pour reporter le vote. Il y en a peut-être d’autres qui ne sont pas déclarées. Pour l’instant, le vote sur ce rapport aura possiblement lieu en mars prochain. D’ici là, est-ce que l’Autorité palestinienne réussira à rassembler davantage de pays en sa faveur, comme elle le prétend actuellement? Ou bien, Israël réussira-t-il à trouver un moyen pour s’échapper de la communauté internationale et faire enterrer ce rapport? Cependant, le Hamas voit la situation différemment; la négligence internationale envers ce rapport peut autoriser Israël à mener d’autres guerres. Enfin, le déclenchement des élections présidentielle et législative palestiniennes – qui furent annulées récemment – par le président Abas était-il pour un intérêt national ou est-ce une conséquence colossale de ce rapport?

Les chiites saoudiens vers une ère séparatiste?

Filed under: Uncategorized — alshaqsi @ 2:53  

Cet article a été publié dans le journal Regard Critique des Hautes Études internationales

Le 13 mars dernier, dans son sermon du vendredi, un imam chiite saoudien invite ses fidèles à présenter une demande de séparation officielle (autonomie politique), auprès des autorités saoudiennes, si leur dignité n’est pas respectée. Inquiet de cette déclaration, l’État sunnite a emprisonné cet imam. Auparavant, une revendication chiite a eu lieu afin que le gouvernement sunnite cesse d’exploiter leur pétrole. Ces évènements et d’autres ont soulevé la question de la démocratie. Cette question sensible n’est pas présente qu’en Arabie Saoudite, mais dans le monde arabe en général. Cependant, le cas de ce pays islamique est singulier, surtout après la chute du régime baasiste en Iraq et la montée des chiites irakiens après une longue période de marginalisation. La discrimination flagrante du gouvernement saoudien envers ses citoyens chiites soulève des questionnements à savoir si ces derniers sont considérés comme des citoyens de deuxième ordre. L’islam étant connu comme une religion égalitaire, prônant l’État de droit, on peut se demander où est cette égalité si ce pays, essayant d’appliquer la chariâ à la lettre, ne met pas en pratique ce principe fondamental? Du point de vue réaliste, la souveraineté de cet État est-elle vraiment en danger, face à de ce groupe populaire? Il faut savoir que les doléances chiites, en ce pays, remontent historiquement à la première compétition politique dirigée par ce groupe contre le régime saoudien en 1902.

Du point de vue géographique, ce groupe occupe principalement la province de l’Est, Ash-Sharqiyah, de cette monarchie pétrolière. Géostratégiquement parlant, cette région contient plus de 95 % du pétrole saoudien, dont Ghawar le plus grand gisement pétrolier au monde, qui constitue plus de 20 % de la réserve mondiale. Cependant, cette richesse appartient intégralement à l’entreprise nationale, ARAMCO. En d’autres termes, les chiites, qui représentent 10 à 15 % de la population saoudienne, ne sont pas les premiers, ni les seconds bénéficiaires de ce trésor national, mais bien loin, pour ne pas dire les derniers de cette liste. Il est pertinent de souligner que les chiites étaient traditionnellement majoritaires dans cette entreprise. Cependant, depuis quelques années, cette dernière commence à recruter massivement des sunnites saoudiens venant du sud-ouest du pays.

Il faut savoir que ce pays, compté parmi les vingt les plus riches au monde, est contrôlé, depuis sa création en 1932, par la famille royale al Saoud. Cette famille suit le wahhabisme, la forme rigoriste de l’islam sunnite. En fait, l’Arabie Saoudite est considérée comme la tête dirigeante de cette doctrine dans le monde musulman, à l’instar de l’Iran pour l’école chiite. En suivant le même chemin, on trouve que les relations saoudo-iraniennes ne sont pas en voie d’amélioration, bien au contraire. La déstabilisation de la situation des chiites saoudiens est due, selon certains sunnites saoudiens, à des alliances avec les chiites d’Iran.

Dans la même lignée, des chiites saoudiens croient que la politique de cette famille royale envers eux est la suivante « vous devez garder votre chien affamé pour que ce dernier vous suive »; une expression arabe pour désigner une restriction totale des droits. Résultat de cette politique discriminatoire, la communauté chiite souffre d’une grande pauvreté, une pauvreté que l’on pensait inexistante en Arabie Saoudite. Par ailleurs, dans les années 1980, à Al-Hasa, des manifestants chiites ont réclamé que l’on garde le pétrole dans le sol, comme les revenus de cette richesse ne servaient pas à alléger les souffrances des travailleurs de l’or noir.

Sur le plan géopolitique et culturel, explique Najeeb al-Kunaizi, un écrivain saoudien, dans son article « les activités politiques des chiites en Arabie Saoudite » publié sur Aljazeera.net, les chiites ont bâti des relations solides avec des pays ou des communautés chiites voisines, à savoir l’Irak, l’Iran, le Koweït, le Liban et le Bahreïn. Selon lui, ces alliances ethniques et religieuses hors frontières sont dues à des sentiments d’injustice et de discrimination par les autorités en place. Corollairement, il est tout à fait normal que, dans une situation de marginalisation, une minorité se noue à des instances externes pour trouver une ouverture. C’est principalement l’Iran qui est prêt à jouer ce rôle. Or, il y a un certain illogisme dans ses assertions. Pendant la guerre entre l’Irak et l’Iran (1980 – 1988), ce dernier a tenté de faire une alliance avec les chiites irakiens contre le régime baasiste. Cependant, la réaction des chiites irakiens était un refus total.

Au plan socioéconomique, les chiites sont exclus des postes importants de l’État, tels que ceux au sein de l’armée, du service de renseignement, du conseil des ministres et des missions diplomatiques, pour une seule et unique raison : leur appartenance à ce dogme religieux. De plus, ils sont, pour des raisons de sécurité nationale, bannis des hautes fonctions de l’entreprise géante ARAMCO, qui se trouve pourtant dans leur région. En outre, le gouvernement saoudien leur interdit explicitement de publier des livres ou de fonder un établissement culturel ou religieux. Notons également, l’interdiction de célébrer leurs deux fêtes religieuses, à savoir l’Ashura et le Qraiqoon, des activités religieuses étant vues par le régime en place comme une sorte de déviance, voire une forme de protestation. Enfin, une fois que cette minorité en a eu assez, elle a crânement présenté, il y a quelques années, un pacte socioéconomique aux hautes autorités saoudiennes. Le but était de retrouver la place lui étant due dans la société.
Le pacte, connu au nom de Choraka’a fi alwatan (partenaires de la nation), présenté au Roi Abdullah en 2003, établissait les demandes des chiites vues comme des éléments essentiels pour établir une égalité nationale complète. « Les signataires [de ce pacte] faisaient allégeance sans ambiguïté à la famille royale et demandaient, en échange, que les chiites soient reconnus comme une école de pensée religieuse légitime dans le royaume et, dès lors, bénéficient des mêmes droits que leurs coreligionnaires sunnites. » Ce pacte eut un certain succès pendant les deux années qui suivirent. Cela dit, ce n’est qu’après 2005 que la situation s’est remarquablement détériorée.

L’Arabie Saoudite ne s’inscrit pas dans la liste des pays démocratiques. Cependant, elle a récemment entrepris des démarches démocratiques en établissant le Majlis Ash-Shura, le Conseil d’État. Malheureusement, même au sein de cette instance, les chiites sont marginalisés. Ils n’y sont représentés que par 4 députés sur 150, contre 2 auparavant. Or, le Cheick salifite Alhawali critique, dans sont article « Quand la minorité contrôle la majorité », la tolérance étrange des autorités saoudiennes envers les chiites. D’autres voient que les chiites saoudiens commencent à réaliser des gains grâce à l’invasion américaine en Iraq et la montée des chiites irakiens. Cependant, le slogan de la révolution américaine était « no taxation without representation ». Dans le cas de l’Arabie Saoudite, ce slogan devient « no taxation but no representation either » comme l’a indiqué Fareed Zakaria.

De nos jours, la situation semble s’améliore graduellement. Pourtant, elle s’empire, mais les médias, surtout arabes, évitent d’en parler pour des raisons inconnues. L’arrestation de cinquante chiites, dont des enfants, en février dernier, à Médine, la fermeture définitive d’une mosquée dans la ville de Khobar pendant le mois de ramadan, les arrestations continuelles d’hommes religieux, à Al-Hasa, depuis janvier 2009 sont des évènements négligés par les médias, même par la fameuse chaîne Aljazeera. Ce n’est pas le silence des médias qui nous surprend, mais bien le silence sans équivoque des associations saoudiennes luttant pour les droits de l’Homme.

En conclusion, pour prédire l’avenir de ce groupe saoudien, il suffit de se rappeler la conférence « La tolérance entre religions » présidée par le roi de l’Arabie Saoudite à l’assemblée générale de l’ONU en 2008. Néanmoins, dans son initiative, il a, apparemment, volontairement ignoré de consolider ses relations avec la minorité chiite saoudienne. Par ailleurs, jusqu’à aujourd’hui, le droit judiciaire et les jugements chiites sont soumis à l’approbation des tribunaux wahhabites. Enfin, selon un article récent s’intitulant « Denied Dignity », publié par Human Rights Watch le 3 septembre, cette situation requière une étude sérieuse par le gouvernement du royaume afin d’établir l’égalité nationale. Les coexistences pacifiques entre chiites et sunnites au Koweït et au Bahreïn, ou celle entre ibadites et chiites en Oman, constituent des exemples que les autorités saoudiennes devraient suivre.

Thème Rubric. Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.